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ACTU and CO (partie 2), lundi 4 mai 2009
Les prestataires d’un technival pris au piège
Justice . La procureure d’Evreux a fait saisir le matériel du festival durant lequel un homme est décédé le 2 mai.
«Le technival ? C’est une histoire de dingue.» Me Florence Diffre bataille depuis trois semaines pour tenter de récupérer le matériel d’une valeur d’un million d’euros confisqué à l’issue du technival du 1er mai, à Bouafles (Eure). Une bonne partie appartient à des prestataires qui sont à deux doigts de mettre la clé sous la porte.
David, de l’association L’Eure du son, se demande bien qui veut la peau des teufeurs. Avec un collectif, il a tenté d’organiser le technival. Une institution depuis 1991 qui rassemble des milliers de participants et «a toujours eu lieu». «L’automne dernier, nous avons pris contact avec Eric Steiger, le chargé de mission au ministère de l’Intérieur. Nous avons envoyé une lettre avec accusé de réception. En avril, nous avons recontacté le ministère, mais on nous a fait comprendre qu’il n’y avait pas de négociations possibles pour trouver un lieu. Si on organisait le rassemblement, on serait réprimandé comme il se doit.» On suggère aux organisateurs de se tourner directement vers les préfectures.Pour David, «personne ne veut d’un technival. Les préfectures prennent souvent des arrêtés préfectoraux pour interdire les rassemblements [ce n’était pas le cas dans l’Eure, ndlr]. Depuis l’amendement Mariani, de 2002 à 2008, il y avait des réunions de travail au ministère de l’Intérieur qui imposait un lieu.»
«Faux,répond Eric Steiger. Le ministère de l’Intérieur n’a jamais imposé de lieu. D’habitude, il y a un dossier déposé en préfecture au moins un mois avant et ensuite il remonte au ministère de l’Intérieur. Cette année, personne ne s’est concerté. J’ai reçu des coups de fil en avril, mais c’était trop tard. Notre rôle est d’accompagner les grands rassemblements de musique techno, pas de mettre notre veto.»
Le technival s’organise quand même, «à l’ancienne», sans autorisation. Un numéro d’appel est mis en place, puis des points de rendez-vous (à Rouen, Paris…) et un convoi de 5 000 véhicules se met en route. «Les RG étaient là, en arrivant, et quatre gendarmes. Ils n’ont pas tenu une minute trente.» Jeudi 30 avril, 8 000 personnes investissent l’ancienne sablière de Bouafles. Vendredi 1er mai, la fête commence. Elle est endeuillée le lendemain de la mort d’un jeune homme de 26 ans d’un arrêt cardio-respiratoire. Au plus fort de l’événement, 25 000 personnes participent au technival.
Le 2 mai, un arrêté préfectoral interdit, trop tard, la manifestation. Et, le dimanche 3, le rassemblement fini, les camions sont arrêtés, fouillés, le matériel saisi. Curieusement, la réquisition du procureur invite notamment à «rechercher les auteurs d’infractions d’actes de terrorisme». Au même moment, du matériel est saisi dans l’Aude et dans le Haut-Rhin à l’issue de petits rassemblements.
Dix jours plus tard, David et trois autres personnes sont réveillés à 6 h 30 pour une perquisition et placés en garde à vue. Motif ? Un soupçon de «travail dissimulé», pour des sandwichs et boissons vendus pour le compte de l’association lors du technival. Tous sont relâchés seize heures plus tard sans charges retenues contre eux. L’un d’eux, en période d’essai, perd son emploi.
La saisie du matériel, d’abord administrative, se mue en saisie judiciaire, ce qui permet de le conserver six mois. Insupportable pour les nombreuses entreprises ou personnes qui ont loué leur matériel le temps d’un week-end et ne l’ont plus revu depuis trois semaines. «Je suis dans un étau. Je ne peux plus honorer certaines prestations. Sinon, je dois louer et je perds de l’argent. Je crois que je vais devoir fermer. Je vais tout perdre», se désole Emmanuel Leone qui refuse de se retourner contre ses clients. Une quinzaine de prestataires seraient dans la même situation que lui.
Natura 2000. Florence Diffre, qui défend teufeurs et prestataires, a tenté, en vain de contacter la procureure d’Evreux, Marie-Suzanne Le Quéau. Elle assure ne toujours pas savoir pourquoi le matériel est retenu, malgré ses demandes répétées. Pour la procureure, «25 000 personnes se sont retrouvées sur un site Natura 2000, sans aucune autorisation et une personne est morte. Quand on loue une voiture, on vérifie que la personne a son permis. Pour louer du matériel d’une valeur certaine, on doit, à mon sens, prendre des garanties.» Elle laisse entendre que rien ne l’oblige à rendre rapidement le matériel.
Plusieurs enquêtes sont en cours, notamment pour déterminer qui sont les organisateurs qui pourraient payer une amende et se voir confisquer le matériel. Daniel, prestataire, s’emporte : «On est en train de nous enterrer vivants, j’aimerais bien savoir de quel délit on est punis.» Pour Me Diffre, on cherche clairement «à dresser les teufeurs contre les prestataires. C’est une prise d’otage. Il y a des consignes pour que le technival n’existe plus.»
source liberation.fr
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